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Bleuet, une retrospective

 
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syl
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Messages: 1 743

MessagePosté le: 22/12/2009 10:37:32    Sujet du message: Bleuet, une retrospective Répondre en citant

syl



Inscrit le: 16 Sep 2007
Messages: 2114
Localisation: 21 vers Dijon
Posté le: 11/12/2009 17:01 Sujet du message:

--------------------------------------------------------------------------------

Bleuet, une rétrospective
********************

Je m'ouvre sur cette page une biographie de Bleuet où
je raconterai ses 14 ans de vie. Pour ne pas flooder les
autres contributions des intervenants j'éditerai
cette page à chaque nouvelle anecdote . Ce n'est pas une grande oeuvre artistique que j'écris là. C'est un passe temps égoïste, anti desespoir.

1-Les origines.
************
J'ai toujours préféré les chiffres impairs. Eux, ne m'aiment pas.

Février 1995. Ma mère est au bout du fil : "j'ai une triste nouvelle à
t'annoncer : Cis s'est noyée." Tout se met à vaciller. Cis
la noire et blanche, 17 ans, la chétive adoptée
dans une ferme, un si petit gabarit,
tête de mésange, nez noir. Laissée à mes parents quand j'ai été
expédiée en intérim dans la
région de Nancy-Metz. Elle a survécu vaillamment à tous ses frères
et soeurs et maintenant...Cis est enterrée dans le jardin.
Ma mère sanglote. " Ne nous ramène plus jamais de chats", mais
le manque se fait bientôt obsédant. Avril ou Mai? ...Mes parents
partent en voyage touristique. Comme
une sale gosse je rêve désobéissances: je hante la Spa, celle des
Cailloux, je ne connais pas encore Messigny. Les cages
grouillent de maman chattes abandonnées avec leurs petits.
Je rôde autour des cages, je me renseigne, je rôde
encore. Je ne souhaite pas de 2e Cis. Pas de clone; les
clones n'égalent jamais l'original. Mes caprices s'attardent
rapidement sur une Minette de luxe telle
que je n'en ai jamais eu : une somptueuse petite Minette
croisée persane blanche à poils très longs mais le refuge préfère
ne pas la séparer de sa soeur qui tient davantage
du gouttière ordinaire. Et mes parents
m'avaient dit "pas de chats", après tout
c'est eux qui me les gardent tant que je n'ai pas de domicile
fixe, deux chats à la fois c'est un coup à me brouiller définitivement avec
mes géniteurs. Je débauche ma soeur. Je lui dis
"j'en prends une" et "tu prends l'autre" ...En attendant
je me défoule en achetant tout un attirail de peignes et
brosses pour animaux à poils longs (comme je le ferai plus
tard avec Oscar). Un vendredi j'apporte enfin une boîte
de transport , un chèque et tous les
papiers nécessaires mais les Persanes ne sont plus là:
elles viennent d'etre
adoptées par une meme famille. Je jette un coup d'oeil
désabusé aux autres cages, celles des mamans tigrées
et de leurs petits. Les tigrés ressemblent trop à Vizir,
mon chat savant mystérieusement volatilisé au sortir de
l'enfance, dans les années 70,
un an avant la naissance de ma défunte Cis. Pas
de clones du passé, j'ai dit...
Mais voilà que dans l'une des cage il y a un chat
différent de ses frères et soeurs. Il est bleu.
C'est l'un des plus effrontés du lot. Il essaie de m'attraper
à travers les barreaux. Je le taquine. A chaque
fois il réagit,et s'amuse, jamais blasé. Il est tout jeune. Un mois, peut être. Ses yeux sont chassieux comme ceux de sa
fraterie. Il souffre d'une légère conjonctivite. Il n'est pas vacciné encore.
Je ne réfléchis plus. Je dis "je l'adopte".
Je raconte brièvement la tragédie de Cis. La secrétaire du refuge
accepte l'adoption, me fait un prix d'ami et dit:
"Bonne chance mon Minou, j'espère que tu vivras aussi
longtemps que la petite chatte Cis". J'embarque le petit paquet.
Dans la voiture le petit chat
observe calmement sa nouvelle vie en ouvrant
grand ses yeux très bleus. Je le contemple, Bleu, si Bleu,
tout est Bleu, folâtre, printannier chez lui...
-Tu t'appelleras Bleuet.


2. Installation.
************
Bleuet emménage rue de Talant dans mon F3.
Le premier jour il explore méticuleusement chacune des
pièces de l'appartement. Je lui presente une caisse à
litière; il est propre. Je lui offre un repas de bienvenue;
il adore. Je l'appelle "Bleuet! Bleuet!" Il réagit bientôt
à son nom. La nuit , pauvre chaton trop
tôt enlevé à sa maman ,il se blottit contre moi,
j'ai si peur de l'écraser dans mon sommeil. Je possède une
plante artificielle. Bleuet, bondissant en escalade les
multiples branchages, de plus en plus haut au fur
et à mesure que les jours passent. Parfois
il disparaît par un interstice du canapé. "Bleuet! Bleuet!"
Il revient.
Mes parents rentrent de voyage. J'annonce la
surprise. L'accueil est mitigé. Par la suite
ma mère se plaira à narrer qu' en
visitant un de ces lieux consacrés où les
visiteurs émettent des voeux magiques elle avait ardemment
prié le Bon Dieu de lui envoyer un petit fils.
"En guise de petit fils le Bon Dieu m'a envoyé un chat!"
gémit-elle.......les services de secrétariat du Bon Dieu étaient
simplement encombrés... deux ans plus tard aura bel et bien,
conformément à sa demande, un petit fils mais
elle ne le saura jamais.

Je n'habite plus à Trifouillis en Zapping dans l'Académie
de Nancy-Metz.
J'ai mon poste définitif, à 30 kilomètres de Dijon et
mon appartement définitif à Dijon.
Les jours où je travaille un peu le matin, un peu l'après midi
la distance m'impose des journées continues.
Au début ma
soeur s'acquitte à la perfection de sa tâche :
nous avons convenu
que Bleuet serait notre chat partagé. Elle vient le
voir. Parfois elle l'emmène chez elle . Très
vite en mon absence et quand il n'a pas de visites, Bleuet
se désole, émet des
miaulement desespérés... en grandissant il donne
de la voix. Les voisins du dessus grognent.

Bleuet est un chat plein d'énergie et d'une curiosité
insatiable. J'ai lu qu'il fallait souvent manipuler les jeunes
chats pour leur éclairer le ciboulot. Je le porte, je
le balance dans des paniers, je le prends par les pattes,
tête en bas, il en redemande, on joue au petit théâtre dans des caisses
de transport, ou à cache-cache grandeur nature,
aux billes, à la balle. Cis éprouvait un effroi superstitieux
envers le tuyau d'aspirateur. Lui, non. Parfois je lui parle
dans le tuyau de l'aspirateur, je fais ma grosse voix.
Il attrape le tuyau. "Il n'y a pas de mystère qu'il ne sache
résoudre", dit mon père.

Vient le temps des vaccinations. On lui fait une prise de sang.
Il hurle comme si on l'égorgeait.

Les vacances approchent. La veille de mon
départ je vais dormir chez mes parents. Mon ancienne chambre
a été recyclée en bureau. Je vais dormir dans la chambre
d'amis, dans la mansarde, que maman avec
ses doigts de fée a transformé en chambre
accueillante. Bleuet grimpe 4 à 4 les escaliers pour me
rejoindre. On l'en empêche, les papiers sont
refaits à neuf. Il pleure. Le lendemain, tout joyeux, il me retrouve
juste avant mon départ . Mes vacances à l'étranger
se passeront bien et celles en France de Bleuet, qui vient de se découvrir une résidence
secondaire, seront également réussies. Cette
maison de mes parents deviendra bientôt sa maison de coeur.


3-Annus horribilis.
***************

Avec la lente noyade de Cis en janvier l'infecte année 1995
n'avait pas attendu pour laisser éclater sa perversité
mais Bleuet, le rayon de soleil entré dans nos vies
au printemps pacifiait les douleurs et les remords.
Au terme de chaque semaine routinière en appartement
le petit chat nouveau profitait des week ends et de mes
périodes d'escapades professionnelles ou estivales pour
explorer joyeusement sa résidence de villégiature.

Le danger pourtant rôdait en deux pôles opposés.
Devant la maison c'était le boulevard, un faux boulevard ,
à l'époque...une rue à double voie pas si passante où
Bleuet, à mon grand dam, s'amusait en mon absence
a torérer les voitures. Son grand plaisir consistait à
s'asseoir placidement au milieu du boulevard, à
attendre qu'une voiture arrive et à se dégager d'un bond.
Un jour mes parents reçurent un coup de téléphone
alarmant de la part d'une habitante de la tour d'en face.
-C'est bien vous qui avez un petit chat gris? il vient de se faire
écraser, je l'ai vu passer sous les roues d'une
voiture.
Comme pour lui opposer un démenti Bleuet se
présenta quelques secondes plus tard à la vitre
-grat' grat, miao, miao.
Il pétait la forme. Pas une égratignure.
Je me mis à faire son éducation, à chacune de ses vélléités :
-Bleuet, il y a des méchantes voitures. Pas traverser.
Non, Bleuet! Viens.

Le fond du jardin n'était guère plus rassurant. Une
haie mitoyenne le séparait d'un enclos de Saint Bernards.
Ceux là se déchaînaient et donnaient
de la voix dès qu'un chat passait à proximité.
Bleuet prit l'habitude de les narguer, en restant
prudemment (au bout de quelques dangereux errements)
dans son carré de jardin, assis sur son train arrière, se délectant
de l'excitation des molosses.

Socialement parlant Bleuet s'ingénia à se rendre aussi indésirable
que possible lors de cette première année.
Lui qui faisait constamment pattes douces avec moi,
lui que je balançais en tous sens , bondissait parfois toutes
griffes dégainées sur les varices de mon père , lequel
prit l'habitude de taper 2 casseroles à son approche ...
ma mère faillit un jour se faire éborgner par son
"petit fils" qu'elle venait de prendre dans ses bras...en
notre absence, ma soeur, quand on la colla de garde
alors que nous campions sur la Côte d'Azur (détestant
le soleil elle préférait profiter de la maison ombragée) nous
lançait chaque jour de nouveaux Sos: une fois Bleuet,
en jouant avec elle, s'était coincé la tête à travers les
barreaux d'une chaise neuve et coûteuse...elle avait
fini par scier la chaise....un autre jour un type de la tour
qui promenait un petit roquet hargneux l'avait, paraît-il,
lancé sur Bleuet, que ma soeur prit alors dans
ses bras afin de le défendre, mais Bleuet, pressé de
se débiner, appliqua alors un coup de griffe sur le nez
de ma soeur et bondit se
réfugier dans un arbre. Ma soeur ne pardonna jamais à
Bleuet.

Noël approchait. Ce serait le premier Noël de Bleuet. Tenterait-il l'ascension des branches de sapin? les guirlandes l'amuseraient-elles?
A la mi-novembre la ville prenait des allures festives.
Maman venait de dénicher dans un bric à brac le sapin
artificiel de ses rêves. Je me souviens très clairement de
ce samedi du 18 novembre, une journée ensoleillée et
glaciale. Mes parents étaient allés s'occuper de leurs achats de
Noel, ma soeur avait enfin trouvé un petit travail
stable, j'avais découvert une médiathèque et venais de
décider de préparer l'agregation sérieusement le
week end, en sus de mes cours. Ce jour là, pour une fois
j'avais travaillé comme un ange. Je terminai la journée
en parcourant une bio de Virginia Woolf et je me couchai,
Bleuet à mes pieds.
A 4 heures du matin, dimanche le téléphone sonna.
-Ta mère est au plus mal, me dit mon père. Viens très vite.
Je fus prise de vertiges. Je courus au garage. Je sautai dans
la voiture.
En arrivant sur le perron je vis ma soeur en pleine crise de nerfs,
soutenue par son copain. Je compris.
Ainsi se termina l'année 1995, comme elle
avait commencé.
Cette année là, cette semaine là, le centre commercial de la Toison d'Or
arborait sa première déco de sapins à l'anglaise,
enrubannés, pendant des plafonds en chapelets
absurdes.



4. Les feux de l'amour.
*******************

-Mrao! Mrao! Mrao!

-Ecoute Bleuet, il est 4 heures du matin. Je vais au boulot, demain...
tout à l'heure... Laisse moi dormir.
On ne sort pas! Dododchat!

-Mrao! Mrao!
Il ne pisse pas encore sur les
murs de l'appartement mais il est temps d'agir.

-Vous êtes certain que la castration ne va pas lui changer
le caractère ? Il est si joueur et si svelte.
Je ne tiens pas à ce qu'on me change mon Bleuet.

-J'ai 2 jeunes mâles
stérilisés , rassure le nouveau vétérinaire sympa de la
clinique du Boulevard V... où Bleuet a sa carte
d'abonnement suite à un arrangement avec l'association.
La castration n'a rien changé à leur dynamisme.

Au moment des repas ou des goûters, juché sur la table
de la cuisine Bleuet s'échine à faire des enfants...à nos bras.
Autre chose qui marque son passage à l'âge
adulte : quand il arrive dans sa maison
de villégiature, à peine franchie la grille du jardin,
y marque-t-il son territoire, queue tremblante, brumisant d'infimes
gouttes de pisse aux quatre vents.

Mon premier chat, Vizir avait disparu à l'âge de
la puberté. Il n'avait pas un an. On ne l'a jamais
retrouvé. Je refuse que l'histoire se renouvelle.
Allons, il faut se décider.
9 mois? 10 mois? Alea jacta est. . Bleuet passe une
nuit à la clinique vétérinaire. J'ai peur pour
lui. Le lendemain la clinique me rappelle: la
castration s'est bien déroulée. Je peux aller le
chercher. Il m'attend dans son panier de transport.
On me l'amène. On a disposé sous lui en guise de coussin des
alèses.De la cage émane une odeur de sang mêlée d'alcool.
Les alèses suintent en rose le sang et la lymphe.

-Mia!
-Mon pauvre Bleuet, tu as mal?
-Miaaa!

Ils sont rigolos ces petits gris ! dit la secrétaire.

Par la suite Bleuet continuera invariablement ,
méthodiquement, à déposer ses
quelques gouttes de marquage, queue tremblotante,
à chaque passage de grille dans sa résidence de
villégiature. Il restera joueur et svelte. Sa voix
ne changera pas, capable de donner aussi bien dans les aigüs
que les graves. C'est donc
ça un castrat? Plusieurs années après il
enfourchera avec entrain Hercule, un gros matou impressionnant
du voisinage et qui goûtera fort peu la plaisanterie.

-J'aurais tellement aimé adopter un enfant de Bleuet, regrettera
plus tard Madame S..., une dame du voisinage qui ne
tarit pas d'éloges sur mon chat. Quel dommage qu'il soit
castré!
Mais lorsque je lui proposerai le sosie, Ronron,
elle se défilera.



5. En appartement
***************
Ayant pris très tôt l'habitude d'être roulé sur le
dos, porté tourné sur le dos,
Bleuet n'y opposait pas l'ombre d'une résistance. Je
lui pianotais des doigts nerveux sur ses
oreilles que je rabattais puis sur la face ; il les mordillait alors joyeusement en faisant dents douces. Physiquement il n'étais pas banal.
Pudiquement, au niveau de l'aine, la nature lui avait
dessiné un petit bikini blanc qui tranchait sur le
gris soyeux du reste du corps . Sur ses joues avaient été
semés quelques grains de beauté, d'où dépassaient parfois
un ou deux très longs poils erratiques . Lorsqu'il ouvrait la
gueule on pouvait apercevoir son petit palais rose tacheté
d'irrégulières taches noires, sa panoplie de petit chat rigolo
et rigolard. Il avait des cils.
-Regardez! Bleuet a des cils!
-Oui, ce sont des vibrisses. Ce sont des moustaches
sur l'arcade sourcilière qui lui permettent de se
diriger.
-Pas du tout! ça se sont des sourcils. Il en a aussi.
Mais en plus il a de longs cils, des
vrais, qui lui frangent les yeux.
Les yeux de Bleuet perdirent rapidement leur bleu.
Passèrent-ils au vert? possible car c'est en cela
que je le différenciais de la race Chartreux. En 2009
son regard s'était pailleté d'or.

La nuit Bleuet perdit rapidement l'habitude de
dormir contre mon oreille, à ma grande déception.
Il prit dès la première année la décision de roupiller
à mes pieds, une coutume qu'il ne perdrait pas de si tôt.
J'improvisais des parties de cache-cache.
Je disparaissais sous les draps.
-Bleuet! Bleuet! où elle est, Sylvie?
Il quittait alors mes pieds et se dirigeait vers
l'emplacement de l'oreiller, attendant patiemment que j'émerge
puis retournait à mes pieds.

En 95-96 je rêvais souvent de ma mère. Les rêves
étaient de 2 sortes. Dans certains, épouvantables, ma mère
était au plus mal. On arrivait cependant généralement
à la sauver et je me réveillais soulagée pour retomber
dans le spleen une fois revenue à la conscience des choses
de ce monde; cependant la plupart de mes rêves étaient de braves rêves de routine qui regroupaient la famille et où
ma mère devisait comme si rien de particulier n'était survenu
en novembre. C'est dans l'un de ces rêves du quotidien que ma
mère m'annonça , de la manière la plus banale possible:
-tu vas recevoir quelque chose de bleu.
......
Quelques jours après arrivèrent par la poste les premiers
cours du CNED, tous regroupés suite
à des retards d'expédition. Et la ficelle qui liait
le paquet était bleue.

Bleuet grandissait, de plus en plus chat savant et
de plus en plus mal élevé. Je lui avais appris à donner
la patte pour réclamer ses friandises. Quand j'avais
des invités il n'était pas rare de le voir sauter sur
la table, au milieu des bouteilles, le train arrière
contre les assiettes et la patte avant levée.

Les premiers mois je refusais qu'il sorte de
l'appartement. Il passait son samedi chez son papy (ou
était-ce dimanche?), s'offrait alors des orgies de jardin,
puis basta pendant la semaine. Ayant lu que les chats
ont besoin d'un terrain de chasse (ou de découverte)
mais qu'on pouvait fort bien leur organiser cela en appartement
j'avais transformé mon bureau-bibliothèque-débarras en pièce
mystère. Je prenais soin d'en fermer la porte et parfois
en grande pompe j'y laissais pénétrer Bleuet quelques
minutes où il avançait précautionneusement au milieu des
papiers à terre et des sacs. Cependant tout cela
ne l'empêchait pas de miauler à fendre l'âme en mon absence.

Ayant repris pour lui la laisse de Cis je le promenais le
soir dans la morne cour gravillonée de la co-propriété.
Par la suite je me risquai à le lâcher tout en restant à proximité.
Il ne s'éloignait guère et s'empressait de revenir à
portée de caresse quand je l'appelais. Les soirs
d'été quand les ombres grandissaient , toute laisse omise,
j'arpentais d'un pas décidé la co-propriété, lui sur mes traces
puis je me mettais. Il galopait alors à ma suite et me dépassait souvent
pour décapiter la tête de mon ombre démesurée.

Plusieurs chats se cotoyaient dans cette co-propriété. Des chats de ces imeubles ou bien des immeubles voisins. Des chats heureux.
Si les risques d'accident existaient ils étaient limités. La
rue de Talant qui menait à la co-propriété était une rue
à sens unique, très peu passante et les voitures y roulaient
au pas. Cependant je ne tenais pas à ce que Bleuet s'y aventure
ni à ce qu'il traîne sur le parking, risquant une marche
arrière malencontreuse.
Je rêvais pour lui d'un jardin qui l'en aurait détourné. Ce jardin
était bien réel et nous tendait les
bras . C'était un verger mitoyen,
un endroit plein de pommiers appartenant
à un couple âgé. C'était ma seule mais ma grande trouée
de verdure depuis ma salle à manger, depuis le balcon. Un
jour où Bleuet me suivait en trottinant dans la co-propriété
je m'arrêtai devan le mur mitoyen.
-Va, Bleuet.
Il me regarda interloqué.
Je le posai sur le muret. Il sauta dans le verger . Mon coeur
cogna à se rompre. Aurais-je fait une bêtise?
Je le rappelai.
En 2 bonds il fut à mes pieds.
Il prit rapidement goût au verger, y faisant des incursions de plus en plus longues. J'en vins à retourner chez moi, travailler.
Depuis la salle à manger, mes papiers jonchant le sol
je contemplais Bleuet, 5 mètres plus bas
qui fôlatrait au milieu des pommiers , bondissait après des papillons.
Quand j'estimais que la récréation avait assez duré je l'appelais
du haut de mon balcon:
_Bleuet! Bleuet!
-Mrao! Mrao!
Puis je descendais et l'appelais à nouveau depuis la porte du bas.
En un rien de temps il fit le lien entre le lieu d'appel et le second,
le lieu de ralliement.
Lorsque je l'appelais du haut de mon balcon, où qu'il soit
à l'extérieur il rappliquait en trombe,
se dirigeait spontanément à l'entrée de la cage d'immeuble (qui était pourtant diamétralement
à l'opposé) et m'attendait. Plus fort encore,
lorsque je lui laissai quelques mois plus tard la bride
sur le cou, l'autorisant à descendre et sortir à sa demande,
tandis que je partais vaquer à mes occupations professionnelles,
et s'il en avait soudain assez du jardin ou si une ondée passait, il se présentait alors
devant la cage d'escalier, se faisait ouvrir la porte par un voisin,
grimpait d'un étage et , posté sur le palier,
attendait patiemment mon retour.

Je n'avais jamais apprécié cette vie en appartement
et rêvais d'une maison, aussi modeste fût-elle, où nous
aurions Bleuet et moi notre espace de verdure, une
maison dont il serait l'âme. Bleuet allait sur ses
3 ans lorsque je me mis à prospecter
sérieusement dans le quartier.
Un jour où je venais de rentrer ma voiture et m'apprêtais
à remonter les escaliers (les bâtiments, construits
dans les années 50 n'étant pas dotés
d'ascenseurs) je croisai un homme qui tenait
un gourdin.
-Où est-il passé?
-Qui?
-Le chat roux qui m'a filé entre les jambes. Je vais le buter.
Il me le faut. Son copain tigré aussi. Tous ces
chats sont une nuisance. Je les tuerai tous! Excusez moi,
il faut que je retourne les dénicher.
-Et moi je vais prévenir immédiatement la Spa.
Bouillant d'indignation je remontai dans l'appartement
où Bleuet m'attendait. Je lui interdis désormais de sortir.
Il était décidément temps que nous quittions
cette zone sinistre.
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MessagePosté le: 22/12/2009 10:37:32    Sujet du message: Publicité

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